Lettre de liaison :

Présentation du projet de diagnostic et feuille de route pour le développement numérique de la langue occitane

Le Congrès permanent de la langue occitane est heureux de vous présenter la restitution du projet « Diagnostic et feuille de route pour le développement numérique de la langue occitane 2015-2019 ».

Grâce à différentes initiatives, ces dernières années ont vu apparaître des ressources et des outils numériques fort utiles pour l'occitan et ce dans plusieurs domaines. Nous pouvons mentionner, par exemple, pour le patrimoine, l'information, la documentation, les productions de qualité en ligne du CIRDOC et de l'InOc Aquitaine, tous deux membres du Congrès, pour les contenus encyclopédiques et lexicaux Wikipédia où l'occitan est de plus en plus présent, des travaux universitaires en cours comme le Thesòc ou BaTeLòc, pour l'audiovisuel la jeune OCtele, etc.

L'étude de la DGLFLF - Ministère de la Culture et de la Communication1 sur la place des langues de France sur Internet parle pour l'occitan « d'une remarquable effervescence associative » qu'il n'est pas aisé de mesurer et suggère avec raison que les nouvelles initiatives se fassent « en collaboration entre les secteurs ».

Pour sa part, le Congrès s'est consacré dès sa création à offrir aux usagers, sous forme numérique, des outils linguistiques de référence : multidictionnaire, conjugueur, base terminologique, base toponimique, normes et oeuvres normatives.

Nous savons cependant que l'occitan pâtit d'un grand retard dans le domaine du numérique, surtout dans les technologies avancées du langage (TAL) qui sont désormais importantes pour le statut, l'utilisation et l'avenir d'une langue. Cette absence des TAL pour l'occitan, des études le montrent bien, est un facteur supplémentaire de marginalisation pour notre langue.

C'est pourquoi l'an dernier le Congrès a décidé de proposer une méthode et un cadre opérationnel pour traiter ce domaine de haute technologie et l'a intégré dans son programme 2014 présenté à ses membres à l'Assemblée générale.

Je laisserai ceux qui ont assuré la coordination présenter les travaux, mais je tiens à mentionner le cadre original et innovant de leur réalisation.

Dans l'esprit qui a prévalu à la création du Congrès, il a été décidé de mettre en place un dispositif institutionnel collégial associant à la fois les décideurs publics2 et les opérateurs de recherche, de transmission et de diffusion de la langue3. Par ce partenariat, les organisateurs ont souhaité garantir la meilleure qualité possible aux travaux ainsi que leur plus grande appropriation et diffusion par les différents acteurs.

Ces travaux ont été réalisés dans le cadre d'une recherche-action, c'est-à-dire que les stagiaires ont été acteurs de leur propre formation. Pendant plusieurs mois, ils ont été confrontés à la technicité de ces questions du numérique et des TAL.

Ils ont rencontré des experts internationaux, utilisé des nouvelles méthodes d'investigation, réalisé un diagnostic et des préconisations techniques : cette méthode contribuera, il faut l'espérer, à une prise de conscience collective des enjeux et de leur technicité, et à la création d'une culture commune visant à améliorer notre expertise et les pratiques dans ce domaine.

Je souhaite également préciser que cette production peut encore être amendée, enrichie et améliorée pour devenir une base d'action commune pour les cinq années à venir. Toutes les contributions complémentaires seront les bienvenues, sachant qu'il nous faudra peut-être définir des priorités.

Je remercie l'ADEPFO (Association de Développement des Pyrénées par la Formation) et les membres du Comité de pilotage de nous avoir soutenu dans cette initiative que nous n'aurions pu conduire sans eux.

Je remercie la fondation basque Elhuyar et la société Media.kom qui ont organisé et encadré ces travaux et nous ont fait profiter de leur grande expérience dans ces domaines.

Je remercie également Benaset Dazéas, directeur du Congrès et Aure Séguier, webmaster du Congrès, d'avoir préparé et coordonné cette recherche-action et réussi à la mener à bon terme dans les délais prévus. Je remercie tous ceux qui ont participé au projet.

Nous nous retrouvons désormais avec une feuille de route contenant des propositions de développement pour les années à venir : derrière une terminologie pouvant parfois faire peur, il est question au final de corpus linguistiques de qualité pour réaliser des dictionnaires, de traducteur automatique, de correcteur orthographique, ou encore de clavier prédictif, de toutes ces applications désormais indispensables dans notre quotidien.

Ce document est une première pour l'occitan, mais ne nous leurrons pas, car tout comme « la fe sens òbras mòrta es », « la fe sens mejans mòrta es ». Nous ne laisserons pas ce rapport dans un tiroir. Gageons qu'il soit la source d'une véritable entreprise collective, avec à la clé une programmation budgétaire à la hauteur des enjeux.

Plusieurs projets sont d'ores et déjà lancés, mais il est indispensable pour son succès de voir s'associer les différents acteurs concernés, de la recherche universitaire aux entreprises, en passant par les institutions qui soutiennent le Congrès. Il est indispensable de trouver des crédits de recherche, des crédits issus des politiques linguistiques de l'État et des collectivités territoriales, de l'Europe et de la coopération transfrontalière.

Nous avons bien là tout un programme.

Gilbert Mercadier
Président du Congrès permanent de la lenga occitana

1Inventaire des ressources linguistiques des langues de France, réalisé en partenariat avec ELDA, 2014. Etude complète téléchargeable sur le site de la DGLFLF.

2 Ministère de la Culture et de la Communication, DRAC Aquitaine, Régions Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Département des Pyrénées-Atlantiques, Département des Hautes-Pyrénées, Ville de Toulouse

3 Université Toulouse-Jean Jaurès, Lo Congrès permanent de la lenga occitana, CFPÒc Aquitaine, CFPO Midi-Pyrénées, CIRDOC, InOc Aquitaine, Capòc, Editions Reclams, FIMOC, OCtele, Ràdio País, Vistedit, collectifÇa-i

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